7Gilles Latour/ Claudette Gravel / Daniel Groleau Landry

 Poèmes de la Cité Redux

(vu d’) Ottawa

          où l’histoire est une représentation de fantômes rêvant
          un futur antérieur qui se sera terminé sans conclure.

1.
me voici chantant (chantée)
qu’il pleut des pierres molles
tièdes coulantes, des pierres
qui m’enchantent, oserai-je

dire (écrire) qu’elles m’affolent,
que leur mémoire inonde encore
mon inépuisable banlieue d’ondées
soudaines, jusqu’à la crue de ce florilège
de seins pyrotechniques dans un ciel orageux

ou, à reculons, d’opulentes audaces
de caresses iroquoises, ironiques
ou de chinoiseries intimes et d’automnes
me ralentissant, devant les bancs

qui m’attendent – mais ces mains, bavardes
comme dix accordéons, vous touchent-elles ?

2.
on accouche d’hommes qui sont aussi des femmes
ce qui me redonne le goût de toi, papí
et les fantômes qui nous précèdent
comme des traînes annonçant la robe

me quémandent des faveurs qui ressemblent
à ces mains couchées sur le tambour
qui ont tant à se dire sur la peau
que ma langue
a touchée

et qui s’assemblent en un chœur voué au vœu
babeleur de vie, ces mains comme dix
accords plaqués sur un clavier d’ivoire jauni
qui savent tout et ne refusent rien

et qui érigent des châteaux de sable
dans le seul but de les renverser

3.
or ici le seul (en soi) cesse à peine où commence
l’autre, si près des eaux où nos ailes repoussent
comme celles des anophèles
que la démangeaison harcèle

et l’été absout ses délateurs, sa bulle métaphysique
éclate en jurons et pique du nez sous l’assaut
des oiseaux mouches gavés
du jus de nos nectaires
phraseurs

et nous attendons, en vain, le murmure épuisé
des carillons fripés, l’annonce d’un hiver
qui brûlera ses pèlerins de paille
en effigie, devant une fanfare

de cibles épinglées comme des phalènes
sur les balles de foin mouillé.

Gilles Latour

Claudette Gravel, Quand vient l’orage, photo, 4608 X 3072, 2019.

 

anxiété métropolitaine 

obsédé par les fantômes qui hantent l’avenir
je n’arrive pas à oublier ma mort prochaine
peu importante si intime ou lointaine 

difficile de déterrer les spectres ou
de s’enterrer vivant soi-même

difficile de se laisser bercer
par le passage du temps
sans s’agripper aux souvenirs
de jours où l’espoir était
monnaie courante

le soleil grille le miroir du ciel

l’orage au loin s’annonce violent
et violence et indifférence et désespoir
s’entremêlent dans nos conversations
comme la météo

pourpres et gris sont les nuages
des ecchymoses spirituelles sur la virginité du chaos

j’ai capté la fréquence du trou noir au centre de notre galaxie
se faire broyer par l’implosion du vide en nous
seule vérité possible

plus rien ne se tient les
anciens mensonges sont tous dénoncés
et un monde meilleur n’est possible
que sur le dos d’une métamorphose
totale dans les flancs de l’hécatombe

j’ai juste l’espoir de mon chèque de paie
pis du sang dans la bouteille

cette ville au moins me donne ce dont j’ai besoin
je peux vivre dans mes structures au moins
survivre à l’assaut du monde sur mes sens

je me cache du soleil et me perds, ankylosé, au fond du trou
me retrouve aux pieds du mur entre moi et les Autres

parle-moi de tes rêves, plutôt
les miens sont oubliés

j’ai des factures à payer
et une vie à dépenser  

 

Daniel Groleau Landry

The Artists

Born in Cornwall (Ontario), Gilles Latour grew up in Ottawa and studied literature in Montreal where he met the love of his life. While poetry has been his life’s mainstay, he earned a living working for humanitarian organizations in various parts the world. Éditions L’Interligne (Ottawa) has published his four poetry books, including Mots qu’elle a faits terre (2016), short-listed for the Prix LeDroit, the Prix Trillium de poésie and the Prix du livre d’Ottawa in 2016, as well as À la merci de l’étoile (2018), finalist for the Prix Trillium in 2019. His new collection, Débris du sillage, is due from Éditions L’Interligne in February 2020. He lives in Ottawa.  

Claudette Gravel is a retired radio host and producer (Radio-Canada Toronto), great traveler, and global shutterbug. She has lived in Ottawa since 2012 to enjoy the pleasures of being a grand-mother. She volunteers in Varanasi (India) one month every year.

(photo by: Claudette Gravel)

Daniel Groleau Landry is a multi-disciplinary Franco-Ontarian artist from Sudbury who has lived in Ottawa for more than twelve years. He has published three works of poetry. His third volume, Fragments de ciels, was a finalist for the Ottawa Book Award.